Chaque 1er février, Sainte Brigid d’Irlande s’affirme désormais comme la figure de proue d’un jour férié national. Sous les traits de la sainte chrétienne, à l’instar de Saint Patrick, palpite encore la puissance contemporaine d’une divinité celte. Voyage entre le mythe d’Imbolc et la réalité d’une icône devenue le symbole d’une nation en pleine mue.
L’héritage d’Imbolc : la divinité du printemps celte
Bien avant les cathédrales, dès le Ve siècle, Brigid régnait déjà sur le calendrier pastoral, opérant la transition entre les anciens rites agraires et la nouvelle foi. Pour les anciens Celtes, elle était la divinité d’Imbolc, littéralement « dans le ventre » (i mbolg), marquant la lactation des brebis et le réveil de la sève.
Fille du puissant Dagda, elle incarnait à l’origine une trinité de pouvoirs celtes. En effet, elle n’était pas seulement la protectrice du foyer. Elle était également la patronne des bardes, des forgerons et des guérisseurs. Par conséquent, cette triple nature explique pourquoi elle résonne encore si fort en 2026. Elle demeure une figure complète. Elle unit désormais la force créatrice et la protection au féminin.
À Kildare, son feu sacré était entretenu par dix-neuf prêtresses, un rituel de lumière qui a survécu à la christianisation de l’île. Cette Sainte Brigid d’Irlande n’a pas remplacé la déesse ; elle l’a absorbée, transformant le lait païen en charité chrétienne. »
Spirit of Kildare 2026
Aujourd’hui, Sainte Brigid réveille toujours la créativité du comté de Kildare. Ainsi, aux premiers jours du printemps celte, la région vibre au rythme du festival « Spirit of Kildare 2026« . De plus, l’événement propose des pèlerinages et des veillées de poésie. Ce rendez-vous fait battre le cœur de la cité monastique. Enfin, il prépare les esprits à la confection de l’ex-voto le plus célèbre de l’île.

La croix de jonc : tresser un pont entre deux mondes
Le symbole le plus résilient reste la fameuse croix de jonc (St Brigid’s Cross). Selon la légende, la sainte l’aurait tressée au chevet d’un chef mourant. Elle souhaitait lui expliquer le message chrétien. Cependant, sa forme géométrique rappelle irrésistiblement la roue solaire celte.
Pour cette raison, il faut s’échapper vers l’Ouest pour prendre la mesure de cette tradition. Le Musée national d’Irlande – Vie rurale Turlough Park se situe dans le comté de Mayo. On y découvre alors une collection fascinante de croix issues du patrimoine national. Ces objets révèlent une incroyable diversité régionale. En somme, chaque croix était un talisman de protection et un humble chef-d’œuvre d’art populaire.

2023, l’année de la mue : un nouveau jour férié national
L’instauration de ce jour férié (le premier lundi de février) marque un geste historique de rééquilibrage. Après quinze siècles de domination masculine dans le calendrier civil, Brigid devient l’égale de Patrick. C’est la reconnaissance institutionnelle du rôle des femmes dans la construction de l’identité de l’île.

Le festival Brigit, soutenu par le Dublin City Council pour la 5e édition, sous le slogan « Dublin City Celebrating Women« , transforme une fête agraire en un événement sociétal majeur.
Concerts, débats et projections lumineuses célèbrent désormais le leadership féminin et une écologie spirituelle en phase avec les enjeux du XXIe siècle.
Parallèlement à l’effervescence dublinoise, le Brigit: Spirit of Kildare Festival 2026 ramène la célébration à ses sources sacrées. Entre pèlerinages à la source de la sainte, veillées de poésie et rituels de lumière autour du feu éternel de la cathédrale, Kildare s’affirme comme le cœur battant de ce renouveau spirituel, reliant les racines millénaires de l’abbesse à l’énergie d’une Irlande résolument tournée vers l’avenir.
Une escale inattendue à Strasbourg
L’influence de la sainte ne s’arrête pas aux rivages de la mer d’Irlande. Si la tradition fait naître la future abbesse à Faughart, dans le comté de Louth, son sillage a voyagé jusqu’en Alsace. Peu le savent, mais l’église Saint-Pierre-le-Vieux à Strasbourg veille encore sur des reliques de l’abbesse, arrivées dès le VIIIe siècle via l’abbaye de Honau [1].
Ce culte fut si vibrant dans les campagnes rhénanes qu’il a fini par marquer le costume traditionnel : le nom de la sainte a donné naissance à la « Bürebrid », désignant la jeune paysanne alsacienne. Ce patrimoine strasbourgeois fera l’objet d’une prochaine étape : Strasbourg et ses mystères médiévaux, à paraître prochainement.

De la patronne de l’Irlande aux droits des femmes
En définitive, cette renaissance marque bien plus qu’un simple congé. Cette figure tutélaire de Kildare est devenue le miroir d’une société qui réconcilie son passé mythologique avec ses ambitions d’égalité. Si le 1er février appartient à Ste Brigid d’Irlande, il ouvre la voie à une autre date clé : nous verrons prochainement comment cette énergie féminine résonne sur tout l’arc atlantique à l’approche du 8 mars.


Pas à pas : Tresser sa propre croix
Traditionnellement, on utilise du jonc frais, souple et odorant.
Le Cœur : Pliez un jonc en deux et tenez-le verticalement.
Le Croisement : Glissez un second jonc plié autour du premier, horizontalement.
La Rotation : Tournez l’ensemble d’un quart de tour et répétez l’opération en imbriquant chaque nouveau jonc plié sur le précédent.
Le Verrouillage : Une fois le carré central formé, attachez les extrémités avec un lien.
Et pour tout savoir sur les croix tressées : Découvrez une sélection de croix de Sainte Brigitte issues de la Collection du patrimoine culturel irlandais. La Sainte-Brigitte (Lá Fhéile Bríde), célébrée le 1erfévrier, honore la seule sainte patronne d’Irlande et est associée à la tradition populaire de confectionner des croix en son honneur.
[1] Pour approfondir l’histoire de cette relique et son lien avec l’Alsace, consultez l’enquête des Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA). ↩ Retour au texte