Salaires des femmes, oui l’argent ?

Une salle de marché où tous les Traders sont des femmes... Salaire des femmes : Parlons argent ! "Image générée par IA — Oui, il a fallu demander à une machine pour imaginer une salle de marché 100% féminine. La réalité, elle, n'en est pas encore là."

Le salaire, clé de voûte des droits et de l’égalité

Ce 8 mars 2026, on aurait pu parler de bien d’autres choses. Des 230 000 femmes victimes de violences conjugales chaque année en France. Des droits reproductifs sous pression en Europe. Du plafond de verre qui résiste dans les directions générales. Des retraites féminines inférieures de 40 % à celles des hommes.
On a choisi de parler du salaire des femmes et de l’égalités salariales hommes /femmes ? Islande, Irlande, France, Portugal — quatre trajectoires, un même refus de la fatalité. ». Pas parce que les autres sujets comptent moins. Précisément parce que le salaire va induire une série d’inégalités structurelles.

Dépendance financière : ce que les chiffres révèlent

En 2025, en France, 28 % des femmes en couple ne disposaient pas d’un compte bancaire personnel. 30 % n’avaient pas d’autre source de revenus que leur conjoint. 48 % n’auraient pas les moyens financiers de quitter le foyer, si elles le devaient. Dans une partie des foyers, 24 % des femmes en couple subissent une coercition économique — vol d’argent, confiscation des finances, détournement de l’épargne. Les 18-35 ans sont les plus touchées : 37 %. L’autonomie économique n’est pas un confort. Elle permet le droit de choisir. Le droit de dire non. Tant qu’une femme gagne moins — ou ne gagne rien — elle négocie sa vie avec moins de cartes en main. Nous avons choisi d’observer ce qui se passe dans les quatre pays de l’Arc Atlantique que nous visitons régulièrement ici. Nous avons donc comparé : l’Islande, l’Irlande, la France, le Portugal (du nord au sud).

L’Islande : quand c’est l’employeur qui doit prouver que l’égalité homme-femme est respectée

Seize ans consécutifs au sommet du classement mondial de l’égalité de genre (WEF). Ce rang n’est pas tombé du ciel. Il a été construit, outil par outil, depuis la grève historique du 24 octobre 1975 jusqu’à la loi de certification salariale de 2018. Depuis le 1er janvier 2018, toute entreprise de 25 salariés ou plus doit certifier son système de rémunération via un audit externe. Ce n’est plus au salarié de démontrer la discrimination. C’est à l’employeur de démontrer l’équité. Résultat : de 15,3 % d’écart en 2016 à 10,4 % en 2024. Cinq points comblés en huit ans.
Islande c’est aussi, le 29 juin 1980, une femme de 50 ans, directrice de théâtre, divorcée, mère célibataire d’une fille adoptée, est élue présidente de la République d’Islande avec 33,6 % des voix face à trois candidats masculins. Son nom : Vigdís Finnbogadóttir. Elle vient de devenir la première femme élue démocratiquement cheffe d’État au monde. Elle connaît la France intimement : elle a étudié la littérature française à Grenoble puis à la Sorbonne de 1949 à 1953, enseigné le français à la télévision islandaise, et reçu un doctorat honoris causa de Paris IV en 2016. Elle parle couramment le français, l’anglais, l’allemand et les langues scandinaves.
Ses quatre mandats (1980–1996) ont transformé l’Islande. Quand elle est arrivée au pouvoir, 5 % des députés islandais étaient des femmes. Elle a défendu l’égalité, les langues, la culture, la reforestation d’une île gravement érodée — une écologiste avant le terme. Fondatrice du Council of Women World Leaders à Harvard, ambassadrice UNESCO, membre du Club de Madrid. En 2023, le Conseil de l’Europe a créé le « Prix Vigdís pour l’autonomisation des femmes ».
On aime à raconter qu’un jeune garçon lui avait un jour demandé « Est-ce qu’un homme peut être président ? » Une génération avait grandi sans se poser la question.

L’Irlande : la transparence comme arme et l’égalité salariale, moteur de performance

L’Irlande a choisi une voie différente : rendre les chiffres publics pour créer une pression réputationnelle. L’égalité professionnelle comme avantage compétitif : c’est la logique irlandaise.
Le Gender Pay Gap Information Act oblige les entreprises de 50+ salariés à publier leurs écarts de rémunération. Avec 9,6 % d’écart national (vs 12,7 % en UE), l’Irlande transforme cette transparence en avantage compétitif, à l’instar de Lidl (5,2 %).
Par une stratégie de « gold plating » (dépassement des normes européennes), le pays interdit l’interrogatoire sur l’historique salarial et impose l’affichage des fourchettes dès l’offre d’emploi. Une approche pragmatique qui favorise un environnement économique plus juste et attractif.
L’Irlande d’aujourd’hui n’a pas oublié ses racines. Sainte Brigid, patronne d’Irlande, fondatrice du premier monastère mixte au Ve siècle, est peut-être la première féministe irlandaise de l’Histoire.

La France : les chiffres qui résistent

En France en 2024, les femmes salariées du secteur privé ont gagné 21,8 % de moins que les hommes — soit plus de 6 000 euros annuels. À temps de travail identique, la différence tombe à 14 %. À poste rigoureusement comparable, elle atteint 3,6 %. Ce dernier chiffre a un nom : discrimination directe. Mesurable, légalement interdite depuis des décennies, et pourtant elle persiste. La parentalité amplifie tout. L’écart bondit à plus de 30 % entre mères et pères, et à 41 % pour les familles de trois enfants. Avoir des enfants pèse sur le salaire des femmes. Il accroît celui des hommes. Ce n’est pas un effet naturel — c’est le résultat de politiques déséquilibrées et de biais documentés.
La directive européenne doit être transposée en droit français avant le 7 juin 2026.
Trois changements majeurs : affichage d’une fourchette salariale dans chaque offre d’emploi, interdiction de demander l’historique salarial des candidats, inversion de la charge de la preuve au-delà de 5 % d’écart.
La conformité est une obligation, mais l’opportunité est réelle : les entreprises affichant une réelle mixité dans leurs équipes dirigeantes ont 20 % de chances supplémentaires d’améliorer leurs résultats financiers. La transposition française sera-t-elle inscrite dans les délais du 7 juin 2026 ?
C’est précisément là que la pression collective joue un rôle déterminant.

Le Portugal : pionnier, mais pas encore au bout

Dès 2018, le Portugal rendait obligatoire une analyse annuelle des données salariales pour toute entreprise de plus de 50 salariés. Pourtant, les femmes gagnent 242 euros de moins par mois que les hommes en 2024. La leçon est claire : sans contrôle effectif, même une loi pionnière reste en deçà de son potentiel.

Quatre trajectoires, un refus commun de la fatalité


1- Sources : INSEE (2024), directives européennes 2023/970, rapports de conformité ÍST 85.