William Robinson naît en 1838 dans le Comté de Dublin, fils d’un père absent, sans fortune. C’est au Glasnevin National Botanic Garden — 27 acres longeant la rivière Tolka — qu’il trouve sa vocation de jardinier-horticulteur. Il mourra en 1935 dans son manoir de Gravetye, après avoir changé la façon dont le monde entier pense le jardin. Entre les deux : une vie de jardinier irlandais que la France avait presque oubliée.
De Dublin à Londres
Enfant, William Robinson pousse des brouettes à Carraghmore. Il gravit les échelons jusqu’à devenir chef jardinier pour Sir Hunt Johnson-Walsh à Ballykilcaven, aux portes de Dublin. En 1861, il disparaît du domaine — brusquement, sans explication. Les circonstances restent floues, Robinson ne s’en expliquera jamais.
C’est David Moore, directeur du Jardin botanique de Glasnevin — celui-là même qui avait éveillé sa vocation —, qui lui ouvre les portes de Londres. Au Jardin botanique de Regent’s Park, il rencontre le paysagiste Robert Marnock. Pour la première fois, quelqu’un lui montre qu’un jardin peut respirer.
William se rend ensuite en France pour découvrir le jardin à la française hérité de Le Nôtre. Versailles ne le convainc pas — la rigueur imposée à la végétation le laisse froid. Mais il est subjugué par les plantes subtropicales des plates-bandes parisiennes. De retour en Angleterre, il publie Gleanings from the French Gardens. La recette Robinson prend forme : mélanger plantes exotiques et plantes locales, cultiver avec la nature plutôt que la dompter.
La philosophie du jardin en liberté
Très jeune, il devient membre de la Linnean Society et journaliste au London Times. Il ne souhaite pas imposer aux végétaux les lois de l’esthétique géométrique. Les préceptes qu’il développe dans The Wild Garden et The English Flower Garden sont modernes et innovants — toujours cités aujourd’hui. Il écrira plus de 19 ouvrages, sur des sujets aussi variés que la culture des champignons ou la crémation des mauvaises herbes.

Deux magazines, une influence
Robinson fonde deux magazines, The Garden et Gardening Illustrated. Gertrude Jekyll, célèbre créatrice de jardins, y contribuera régulièrement. Son influence rayonne bien au-delà de ses écrits.
Robinson avant la lettre
Ce que Robinson prêchait en 1870 — laisser la nature s’exprimer, mélanger espèces locales et exotiques, refuser la contrainte géométrique — les paysagistes d’aujourd’hui le redécouvrent sous d’autres noms : jardins vivants, plantations écologiques, espèces endémiques, zéro intrant. La mode des prairies fleuries, des jardins en mouvement, des compositions vivaces à faible entretien ? C’est Robinson, cent cinquante ans après. Il n’a pas seulement libéré le jardin. Il a eu raison trop tôt.
Gravetye — l’œuvre ultime
William Robinson meurt en 1935 dans son manoir de Gravetye, dans le Sussex, à l’âge de 96 ans. Le manoir est aujourd’hui un hôtel entièrement restauré — son jardin a gardé l’âme de Robinson, vivant et en liberté. Trop peu rendent hommage à ce jardinier discret qui avait compris une chose essentielle : le jardinier ne doit pas contraindre la nature, mais jouer, créer, inventer avec elle. C’est l’art subtil de faire disparaître le jardinier pour sublimer le jardin.
Pour aller plus loin
Glasnevin National Botanic Garden
Kilmacurragh Botanic Garden
Regent’s Park, Londres —
Gravetye Manor, Sussex —
William Robinson, The Wild Gardener, Richard Bisgrove,
Paru le 11 septembre 2008 chez Frances Lincoln (Relié)2008
© Gael Staunton © Cette mini-biographie de William Robinson est inspirée de celle publiée dans : Les jardins d’Irlande by The Irish Club.