De l’Irlande au Portugal, en passant par la France, un patrimoine au cœur de l’arc atlantique
Lors des Journées Européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre 2026, des lieux ordinairement fermés au public ouvrent leurs portes, et des visites guidées et commentées sont organisées. Que vous soyez amateurs de Châteaux médiévaux, vestiges romains, édifices religieux, musées, sites industriels, ou paysages naturels… il y aura de quoi satisfaire votre curiosité et bien plus encore.
Origines, chiffres et rayonnement
Les Journées du Patrimoine sont nées en France sous l’impulsion du ministère de la Culture mené par Jack Lang. Les « Portes ouvertes sur les monuments historiques » ont vu le jour pour la première fois le 23 septembre 1984. L’objectif initial était simple mais révolutionnaire : rapprocher les citoyens de leurs trésors architecturaux nationaux en ouvrant des lieux d’ordinaire inaccessibles. (1)
Face à un succès public immédiat, l’événement s’est rapidement internationalisé. En 1991, sous l’égide du Conseil de l’Europe et avec le soutien de l’Union européenne, les Journées européennes du patrimoine (JEP) étaient officiellement lancées.
Regard croisé : entre pierres et mémoire vive
La découverte du patrimoine, c’est l’occasion de Voyager autrement, c’est une découverte commune.
Les touristes de passage découvrent comme les locaux devenus voyageurs immobiles.
En ce mois de septembre 2026, la France, l’Irlande et le Portugal comme tous les pays de la Communauté européenne unissent leurs voix sous l’égide du Conseil de l’Europe pour célébrer nos racines communes. Loin des simples cartes postales, chaque nation raconte son histoire singulière autour de thématiques choisies.
En France : La photographie et le patrimoine en péril
Les projecteurs se braquent cette année sur deux urgences et passions nationales : le patrimoine de la photographie, qui fige notre mémoire sur pellicule ou en pixels, et le patrimoine en péril, qui appelle à la mobilisation pour sauver nos pierres blessées. Qu’il s’agisse de redécouvrir un vieux lavoir de village ou d’admirer la restauration d’une charpente d’abbaye, le patrimoine irrigue la vie de nos terroirs.
L’Irlande en France : Centre Culturel à Paris

© photo : Centre Culturel Irlandais,
Journées européennes du patrimoine|Musique
Feis Ceoil – Eva Maria Kavanagh 14h, 15h et 16h (env. 20 mn) Samedi 19 et dimanche 20 septembre,
Entrée libre (dans la limite des places disponibles)
Véritable institution en Irlande, Feis Ceoil (2) est le plus grand concours national de musique classique. Fondé en 1896 afin de promouvoir l’excellence dans la formation et la performance musicales, ce festival réunit chaque année quelque 5000 participants de tous âges, répartis en près de 200 compétitions. Parmi les lauréats les plus illustres : le ténor John McCormack, le pianiste Hugh Tinney ou la mezzo-soprano Tara Erraught…
— Centre Culturel Irlandais – 5 rue des Irlandais Paris 5e – Téléphone : 01 58 52 10 30 – RER : Luxembourg
— Feis Ceoil Association, National Concert Hall — Earlsfort Terrace – Dublin 2
Une irlandaise au coeur de la Famille le Tonnelier de Breteuil
Pour sourire, un détour par l’arbre généalogique des Breteuil réserve une surprise irlandaise : en 1720, Claude Charles le Tonnelier de Breteuil épousait Laura O’Brien of Clare (1697-1781), descendante d’une grande famille jacobite exilée en France — sa mère était Sosa lady Charlotte Bulkeley, et son frère, Charles O’Brien, devint maréchal de France sous le nom de maréchal de Thomond. Les boiseries du boudoir de cet ancien hôtel de Breteuil — un autre hôtel que celui d’aujourd’hui — sont aujourd’hui conservées au musée Carnavalet. Un siècle et demi avant que l’actuel hôtel de l’avenue Foch ne devienne ambassade d’Irlande, une Irlandaise siégeait donc déjà, elle aussi, au cœur de cette famille.
L’Hôtel de Breteuil : l’éclat de l’Ambassade d’Irlande à Paris
Parmi les lieux d’exception qui s’offrent aux visiteurs, l’Hôtel de Breteuil, qui abrite l’Ambassade d’Irlande au 12 avenue Foch, avec son entrée publique au 4 rue Rude, dans le 16e arrondissement, se dresse comme un témoin remarquable de la fin du XIXe siècle.
Construit en 1892 par l’architecte Ernest Sanson pour le 8e marquis de Breteuil, Henri-Charles Joseph Le Tonnelier.
Ce bel hôtel particulier de style rococo, inspiré du Pavillon de Hanovre, séduit par sa façade monumentale en pierre de taille et ses boiseries datant du règne de Louis XV. Figure éminente de la société parisienne de son temps — proche du roi Édouard VII et de la reine du Portugal —, Henri de Breteuil comptait aussi parmi ses intimes un certain Marcel Proust. Le romancier s’en inspirera pour façonner le personnage d’Hannibal de Bréauté dans À la recherche du temps perdu, jusque dans les initiales des deux hommes. Un siècle plus tard, l’actuel comte de Breteuil, descendant du marquis, raconte encore cette proximité littéraire depuis l’intérieur même de la demeure familiale devenue ambassade.
Le grand escalier et les salons d’apparat racontent, à eux seuls, l’art de vivre d’une grande famille française — un décor où l’on croit deviner, dans certains motifs peints, un écho de ces « singeries » chères au XVIIIe siècle, ce genre pictural facétieux où des singes costumés singeaient malicieusement les travers de la haute société. Le Musée des Arts Décoratifs conserve d’ailleurs, dans ses collections, un plafond de ce type, attribué à Claude III Audran vers 1720.
Acquis par l’État irlandais en 1954, l’hôtel incarne depuis un pont culturel entre la France et l’Irlande — un lien qui se prolonge aujourd’hui dans le dialogue entre les lettres irlandaises et françaises, de James Joyce à Marcel Proust, que l’ambassade continue de faire vivre à travers ses événements littéraires.
(Visite libre le samedi 19 septembre 2026 de 13h30 à 16h30, pièce d’identité obligatoire — horaires à confirmer sur le programme officiel des JEP.) (3)

Au Portugal, les Jornadas Europeias do Património
Sous le thème évocateur « Reviver, resistir, reinventar » (Revivre, résister, réinventer) se dresse la Résilience
culturelle. Le public est invité à arpenter les vallées du Támega et du Sousa ou à marcher dans les pas de l’écrivain José Saramago, faisant dialoguer l’architecture de pierre et la mémoire maritime du pays.
Les journées européennes du patrimoine se dérouleront au Portugal du 18 au 27 septembre 2026 avec pour thème, cette année, Reviver, resistir, reinventar.
Ces journées offrent la possibilité de visiter des monuments et des sites, souvent exceptionnellement ouverts. Le Palais de Santos, dit aussi palais d’Abrantes, accueille la légation puis l’Ambassade de France au Portugal depuis 1870 ; le gouvernement français en devient propriétaire en 1909
L’Ambassade ouvrira ses portes à l’occasion des journées européennes du patrimoine, le samedi 19 septembre 2026, grâce à des visites réalisées par l’association Patrimonium : Visite en français à 17h
Visite en français à 10h – Visite en portugais à 12h – Visite en portugais à 15h.
En Irlande, Journées européennes du patrimoine et Heritage week à l’unisson
De l’autre côté de l’Europe, l’Irlande et l’Irlande du Nord font vibrer leurs European Heritage Open Days.
En été a eu lieu National Heritage Week 2026 du 15 au 23 août sous le thème «Heritage at Risk» en ouvrant les portes de manoirs géorgiens, d’abbayes celtiques et d’archives oubliées. Ici, les thèmes de l’année mettent à l’honneur les traditions orales, le paysage naturel et la force brute de la pierre calcaire des comtés.
Du musée figé au sanctuaire vivant
Les Journées du patrimoine souffrent parfois d’une image erronée, presque « vieillotte » — celle d’une culture figée, réservée aux initiés ou nostalgique d’un passé révolu. Pourtant, les activités proposées ne relèvent en rien d’un mausolée : elles dessinent au contraire des perspectives concrètes pour notre avenir, notamment climatique. Restaurer une charpente ancienne avec des matériaux biosourcés, réhabiliter un moulin à eau pour en faire une source d’énergie locale, ou encore repenser l’usage d’un bâtiment industriel désaffecté : autant d’exemples où le patrimoine devient un véritable laboratoire grandeur nature de la résilience environnementale.
C’est peut-être là le vrai basculement de ces dernières années : le voyageur d’aujourd’hui ne cherche plus seulement à consommer l’histoire comme on visiterait une vitrine. Il souhaite en devenir le garant bienveillant — comprendre comment un lieu a traversé les siècles, et ce qu’il faudra faire pour qu’il en traverse encore. En réunissant tous les territoires, des grandes métropoles aux villages les plus reculés, autour d’un même horizon partagé, ces Journées transforment la culture en un bien commun que chacun est invité à faire vivre, et non plus seulement à admirer de loin.
Un rendez-vous à ne pas manquer
Alors, que vous soyez du genre à préférer l’odeur de pierre humide des cryptes normandes, la lumière dorée des vallées portugaises, ou le vert profond des abbayes irlandaises, ce week-end du 19 et 20 septembre (dès le 18 septembre pour les scolaires) est une invitation à ralentir. Une invitation à redécouvrir, à quelques pas de chez soi, ce que l’on croyait connaître par cœur — et à mesurer, aussi, la fragilité de ce qui nous a été confié.
Car au fond, ces Journées ne racontent pas seulement des châteaux et des façades : elles racontent une Europe qui choisit, chaque année, de se retourner vers son passé pour mieux imaginer la suite.
Pour préparer votre parcours, consultez le programme complet et les horaires de votre région sur le site officiel du ministère de la Culture : journeesdupatrimoine.culture.gouv.fr.
Partagez vos plus belles découvertes avec le mot-dièse #JEP2026 — et laissez-vous porter : le patrimoine n’attend que d’être (re)découvert.

Repères, Sources & Carnet d’adresses
(1) Origines : Lancée en France en 1984 sous l’impulsion du ministère de la Culture (alors Journées portes ouvertes des monuments historiques), l’initiative a été officialisée par le Conseil de l’Europe et l’Union européenne en 1991 pour rapprocher les citoyens de leur histoire.
Fréquentation : L’événement mobilise chaque année plus de 30 millions de visiteurs à travers une cinquantaine de pays européens, générant des retombées économiques locales substantielles hors saison touristique.
Sources : Conseil de l’Europe / Directions régionales des affaires culturelles (DRAC).
Programme Officiel des Journées Européennes du Patrimoine programme officiel des JEP.
(2) Le réseau de la presse de terrain :
Un grand merci chaleureux à nos confrères de la presse quotidienne régionale
— qu’il s’agisse de la carte interactive d’Ouest-France,
— de l’œil aiguisé de La Provence sous le soleil du Sud,
— des enquêtes de l’Est Républicain
— les visites dans Le Populaire du Centre
— le Programme dans la Voix du Nord https://www.lavoixdunord.fr/instant/journees-du-patrimoine
dont le travail d’orfèvre permet chaque année de dénicher les plus belles pépites de nos régions.
(3) Centres culturels
Centre Culturel Irlandais : 5 rue des Irlandais 75005 Paris
Centre Culturel Camões : 6 Passage Dombasle 75015 Paris
(4) Les Ambassades
à Paris :
Ambassade d’Irlande : 12 avenue Foch (entrée 4 rue Rude) 75116 Paris France
Ambassade du Portugal : 3, Rue de Noisiel 75116 Paris
à Lisbonne :
Ambassade de France : Palais de Santos : Visite sur Youtube