Chaque 4 juillet, les États-Unis s’illuminent de feux d’artifice pour célébrer leur Declaration of Independence. Mais derrière la ferveur patriotique et les rassemblements populaires, l’histoire aime dissimuler des trajectoires humaines plus discrètes.
À Philadelphie, en 1776, le destin de la jeune nation américaine s’est joué entre les mains d’un homme venu d’Irlande. Son nom : John Dunlap.
Entre Strabane et Philadelphie, au cœur de la révolution
Né à Strabane, dans le comté de Tyrone, ce jeune apprenti imprimeur émigre en Pennsylvanie où il rejoint son oncle avant de fonder son propre atelier. Sa réputation de rigueur lui vaut de devenir l’imprimeur officiel du Congrès continental. C’est lui qui, dans la nuit fiévreuse du 4 juillet 1776, reçoit le manuscrit original de Thomas Jefferson.
Dunlap Broadsides
Dunlap passe la nuit à composer les caractères de plomb et à presser les toutes premières copies officielles du texte — passées à la postérité sous le nom de « Dunlap Broadsides ». Sans le savoir-faire de cet artisan irlandais, la proclamation de la liberté n’aurait pu être diffusée dès le lendemain matin aux quatre coins des treize colonies.
Ces feuilles n’étaient pas destinées à être admirées : elles étaient faites pour circuler. On les lisait à voix haute, on les affichait, on les transmettait aux autorités civiles et aux généraux sur le front. Une formule résume parfaitement cette nuit historique : « Jefferson a écrit, Hancock a signé, mais Dunlap a donné au texte sa première voix publique. »
Exemplaires devenus rarissimes
Aujourd’hui, les copies imprimées par Dunlap cette nuit-là sont de véritables graals historiques. Seule une vingtaine d’exemplaires ont survécu au temps, précieusement conservés dans des institutions prestigieuses aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Le paradoxe est magnifique : ces feuilles imprimées dans l’urgence, destinées à être lues et jetées, valent aujourd’hui une fortune.
L’anecdote historique : En 1989, un Américain achète un vieux tableau pour 4 $ dans une brocante pour en récupérer le cadre. En démontant la toile, il découvre un papier plié en quatre. C’était un authentique Dunlap Broadside de la nuit du 4 juillet 1776 ! Le document, en parfait état, est vendu aux enchères en 2000 pour 8,14 millions de dollars – un record pour un document imprimé. Une autre copie, trouvée dans les archives d’une famille de Virginie, a été vendue 2,42 millions de dollars en 2017.
À l’époque, ces feuilles imprimées sur du papier de mauvaise qualité n’avaient aucune valeur sentimentale : elles étaient simplement des outils au service de la révolution.
Regardez bien derrière vos vieux cadres ! (source : New York Times)
Philadelphie, l’autre bastion vert
Si l’imaginaire collectif associe immédiatement l’immigration irlandaise à la ville de Boston, Philadelphie en demeure l’un des plus anciens et vibrants bastions. Dès le XVIIIe siècle, l’influence irlandaise y façonne la vie de la cité.
C’est ici qu’est née la Friendly Sons of St. Patrick en 1771, et c’est dans la proche banlieue de la ville, à Havertown, que bat encore aujourd’hui le cœur d’une communauté si ancrée qu’on la surnomme affectueusement le « 33e comté d’Irlande ».
L’engagement de John Dunlap s’inscrit pleinement dans cet ADN local. Pendant la guerre d’indépendance, il s’engage dans la cavalerie de Philadelphie (The First Troop Philadelphia City Cavalry) et participe activement aux campagnes militaires aux côtés de George Washington. Plus tard, avec son associé David Claypoole, c’est encore lui qui imprimera en 1787 un autre texte fondamental : la Constitution des États-Unis.
Des ponts culturels à ne pas oublier
Ce voyage transatlantique de la culture irlandaise, ces résonances subtiles et ces destins croisés ne s’arrêtent pas aux frontières de la Pennsylvanie. Ils racontent une histoire, mais surtout une identité en mouvement, qui s’enrichit au contact de l’autre sans jamais oublier ses racines.
Lorsqu’il s’éteint à Philadelphie en 1812, le petit apprenti de Strabane est devenu une figure de proue respectée de la jeune République américaine.
Le clin d’œil d’Irish Club : Si vous préparez un road-trip en Irlande du Nord, passez par Strabane (comté de Tyrone). Vous pourrez y admirer la Gray’s Printing Press, une imprimerie historique liée à la jeunesse de Dunlap, aujourd’hui préservée par le National Trust.
Et n’oubliez pas : chaque 4 juillet, nous vous invitons à vous souvenir des Fondateurs de l’indépendance américaine et à lever votre verre à la santé de John Dunlap. L’Irlandais qui a fait sortir la liberté américaine de son atelier pour la faire entrer dans l’Histoire !
POUR EN SAVOIR PLUS
Imprimerie Gray – Presse à imprimer du XVIIIe siècle
49, Main Street, Strabane, comté de Tyrone, BT82 8AU, Irlande du Nord
Histoire de l’imprimerie Gray et de John Dunlap
Révolution 250 : L’histoire de l’indépendance américaine (1763-1783)
La Grande-Bretagne et l’Amérique. Une histoire, deux nations
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National Archives de Londres :
Les Archives nationales se trouvent au bord de la Tamise, à Kew, à 30 minutes du centre de Londres