La Cloche a sonné : PISA révèle la note

Étudiants en uniforme: PISA 2025 : Irlande, France, Portugal.

Le PISA fut imaginé en 1997 et est réalisé régulièrement depuis 2000. Cette évaluation se déroule tous les 3 ans depuis 2000, puis tous les 4 ans à partir de 2025.
2025 a été la plus importante évaluation jamais réalisée, avec 760 000 élèves participants dans 91 pays. Le rapport publié cette année est consacré plus particulièrement aux sciences, domaine dans lequel le niveau moyen est resté stable entre 2022 et 2025 dans les pays de l’OCDE, alors qu’il était en baisse entre 2009 et 2022.

Rompre avec l’idée reçue d’une éducation européenne standardisée impose de regarder les faits en face. Les derniers résultats de l’OCDE confirment une érosion continue des savoirs fondamentaux en France, équivalant sur une décennie à une perte de près de deux années de niveau pour une classe d’âge. Reléguée autour de la 27e place internationale, l’Hexagone paye le prix d’un système arc-bouté sur une sélection verticale et un « tunnel » cognitif anxiogène, là où l’Irlande — solidement ancrée dans le top mondial (2) — et le Portugal — par ses réseaux de cohésion territoriale TEIP — font de l’équité et du bien-être les moteurs de la réussite.

Couverture du document officiel DEIS Plus Scheme and Implementation Plan, publié par le gouvernement irlandais.
Deis publié par le gouvernement irlandais.

L’Irlande au sommet de l’équilibre

Portée par le programme obligatoire Wellbeing du Junior Cycle, qui sanctuarise 400 heures d’enseignement sur les trois années du cycle (3), consacrées notamment à la santé mentale, à l’éducation physique et à l’expression civique, l’Irlande démontre qu’excellence et sérénité font bon ménage. Couplée au dispositif DEIS (4) d’accompagnement ciblé des zones fragiles, elle cherche à protéger ses élèves les plus vulnérables du déterminisme social — même si les données les plus récentes montrent que l’écart entre écoles DEIS et non-DEIS reste un défi non résolu, ce qui a motivé le lancement en 2026 d’un dispositif renforcé, DEIS Plus, ciblant les établissements les plus en difficulté (5).

La résilience portugaise

Autrefois en queue de peloton, le Portugal stabilise ses acquis et progresse grâce à une politique de proximité territoriale et aux activités d’enrichissement curriculaire (AEC) qui ouvrent l’école sur les arts et le sport. Le pays affiche pourtant l’un des taux de redoublement les plus élevés d’Europe, avec environ 27% des élèves de 15 ans déclarant avoir déjà redoublé (6) — mais ce chiffre cache une singularité : en cas d’échec, l’élève ne reprend que les matières non validées, et non l’année entière (7). Ce système, moins punitif qu’il n’y paraît et adossé à une scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans, pourrait bien expliquer en partie l’effondrement spectaculaire du décrochage scolaire portugais : de près de 45% des jeunes en 2002 à moins de 12% aujourd’hui, l’une des progressions les plus marquées d’Europe (8).

Le piège français et l’équité à retravailler

En France, l’origine socio-économique pèse lourdement sur la réussite (plus de 110 points d’écart) — un écart qui se creuse jusqu’à l’intérieur même du système public, malgré la gratuité de l’école. Cette gratuité universelle reste pourtant une chance précieuse : elle garantit à tout élève déterminé à apprendre un accès égal, sans barrière financière, à un enseignement de qualité — un acquis que beaucoup de systèmes éducatifs dans le monde n’offrent pas. Le vrai défi semble davantage résider dans le ciblage des moyens que dans leur absence : contrairement au DEIS irlandais ou au TEIP portugais, qui orientent des ressources différenciées vers les écoles les plus en difficulté, la France peine à articuler clairement une politique de discrimination positive territoriale qui fasse consensus. À cela s’ajoute un mal-être enseignant record — plombé par le manque de considération et une formation initiale trop théorique — et l’absence d’un volume de formation continue comparable aux 100 heures annuelles pratiquées à Singapour.

Pour inverser la courbe sans tout renverser, la France gagnerait à s’inspirer des bonnes pratiques de ses voisins européens à travers quatre chocs pragmatiques :

  1. Déminer l’évaluation : Généraliser l’évaluation par compétences pour remplacer la stigmatisation du couperet chiffré (le « 10/20 » permanent) par un suivi constructif où l’erreur devient un outil d’apprentissage.
  2. Alléger le tunnel cognitif : Sanctuariser de véritables respirations l’après-midi en réinvestissant dans le sport, les pratiques artistiques et l’encadrement périscolaire, à l’instar des modèles irlandais et portugais.
  3. Investir massivement dans les forces vives : S’inspirer du modèle des 100 heures annuelles de formation continue par professeur et décentraliser des enveloppes d’urgence pour en finir avec le scandale des heures perdues de remplacement (RCD).
  4. Tisser l’alliance avec les familles : Déployer de véritables coordinateurs de lien école-famille sur le modèle du dispositif Home-School-Community Liaison (HSCL) irlandais pour transformer l’établissement en un lieu d’accompagnement partagé.

Redonner le goût d’apprendre suppose de délaisser l’arène des jugements pour faire de l’école un espace d’émancipation partagée, unissant la rigueur de la transmission, l’agilité irlandaise et l’attention portugaise.

2 filles et 2 garçons très souriants dans une cour de récréation..
En Irlande, chaque écolier(e) porte fièrement l’uniforme, les couleurs de son école. Leur uniforme scolaire représente bien plus qu’un simple vêtement : c’est un véritable symbole d’appartenance et d’histoire collective.


Repères, Sources & Carnet d’adresses

(1) OCDE (2026), Résultats du PISA 2025 (Volume I – version abrégée) : Des élèves prêts pour l’avenir, PISA, Éditions OCDE, Paris. https://doi.org/10.1787/72cbf7bd-fr

(2) RTÉ, « Ireland’s 15-year-olds rank first for reading in EU – study », 8 septembre 2026 : l’Irlande se classe 1ère de l’UE en lecture, 3e en sciences et 4e en mathématiques sur 27 pays. https://www.rte.ie/news/ireland/2026/0908/1590667-pisa-study/

(3) National Council for Curriculum and Assessment (NCCA), Junior Cycle Wellbeing Guidelines, 2021 : le programme Wellbeing représente 400 heures d’enseignement obligatoire réparties sur les trois années du Junior Cycle.

(4) DEIS – Delivering Equality of Opportunity in Schools (« Offrir l’égalité des chances à l’école »), le dispositif irlandais de lutte contre le désavantage éducatif, lancé en 2006. Le slogan Dream, Empower, Inspire, Succeed, parfois associé au sigle DEIS, est en réalité la devise de vision du plan DEIS Plus 2026-2028, distincte de la signification officielle de l’acronyme.

(5) Department of Education and Youth (Irlande), DEIS Plus Scheme and Implementation Plan 2026-2028https://assets.gov.ie/static/documents/bb37ab95/DEIS_Plus_Scheme.pdf

(6) Réseau Eurydice, Redoublement pendant la scolarité obligatoire en Europe : Réglementations et pratiques, Maastricht University Press, 2025.

(7) Direção-Geral da Educação (DGE, Portugal), Perguntas Frequentes – Ensino Secundário, dge.mec.pt : mécanisme de « repetição voluntária de frequência », permettant à l’élève de ne renouveler son inscription que dans les matières non validées.

(8) Institut des hauts fonctionnaires de l’Éducation et de la Formation (IH2EF), Portugal : quand le leadership accompagne l’adaptation locale des programmes scolaires ; Commission européenne, Décrochage scolaire — European Education Area, données Eurostat.

© 2026 The Irish Eyes Magazine — Irishclub.fr. Article publié le 8 septembre 2026. Tous droits réservés.